390 EDITO (2 avril 2010) :

à l’origine des réactions

le désenchantement

à l’égard de la société de production

Nous vivons dans une période de grande perturbation des esprits. Les troubles psychologiques, jusqu’il y a peu cantonnés dans la sphère privée, s’emparent de la société toute entière. Les liens familiaux, les relations de solidarité, les valeurs inculquées, en un mot les certitudes qui permettent d’affronter les difficultés de la vie s’effritent et, chez les plus fragilisés, s’effondrent.

Ici ce sont les employés d’une grande société qui se suicident en cascade, là ce sont des jeunes qui dérivent dans la drogue et les comportements asociaux. Le moindre accident –et pas seulement les plus graves- émeut les gens dans leur tréfonds, imposant le secours de psychologues avertis, sans lesquels ils ne s’en sortiraient pas. La population consomme des quantités de plus en plus grandes de psychotropes pour se calmer les nerfs et oublier…
Derrière toutes ces attitudes, se profile un désenchantement accru de la population vis-à-vis de notre système politique, économique et d’éducation. Pour la première fois de l’histoire, la démocratie est mise en question (ainsi que le montrent les abstentions aux élections), les enfants mesurent qu’ils pourraient vivre moins bien que leurs parents, les parents se déchargent de leur responsabilité d’éducation entre les mains de professeurs dépassés…
Mais devant ce délabrement, il faut bien retrouver une certitude partagée. Elle est double. D’abord un jugement critique : qu’une économie globalisée qui a érigé le seul profit en norme de comportement conduit à une impasse, que nos choix collectifs qui tendent trop souvent à privilégier la performance à la sécurité, à sacrifier la nature à l’industrie, la frénésie de consommation à l’épanouissement personnel sont pervers. Et ensuite une conviction : que le cadre de vie (et derrière lui la planète tout entière) est la valeur à préserver à tout prix. Les gens, des plus âgés aux plus jeunes, ont cette conviction ancrée localement, et plus particulièrement à Namur et dans la vallée mosane dont ils chérissent le site.
C’est dans ce contexte qu’il faut percevoir l’ardeur de l’opposition à l’ouverture de nouvelles carrières (comme à Lives-Loyers), et non dans un réflexe purement nimby facile à dénoncer. Son fondement est la préservation de la nature, du cadre de vie et du paysage, érigés en valeur suprême contre une activité industrielle destructrice pilotée par les intérêts capitalistes de groupes étrangers.
Autant dire que la décision du ministre sera davantage un choix politique sur des valeurs qu’un choix d’opportunité…

Pierre DULIEU



389 EDITO (19 mars 2010) :

Comment éviter

la spirale de la pauvreté ?

Le président du CPAS de Namur, l’économiste Philippe Defeyt, nous expliquait récemment, à la Maison des Projets et des débats, l’évolution inquiétante du nombre de bénéficiaires du revenu d’intégration à Namur et en Wallonie, repartie avec vigueur à la hausse en 2009 et au début de 2010.
Cette évolution est la conséquence de beaucoup de facteurs humains, qu’il n’a pas cachés, comme la dislocation des familles, l’abandon, par leurs parents dépassés, de jeunes en difficulté, la montée des assuétudes, l’isolement des personnes âgées. Mais elle est aussi le fruit de la détérioration de la situation économique qui se caractérise par l’augmentation des licenciements et la croissance du nombre des chômeurs de longue durée exclus du système d’allocations.
Le CPAS et, avec lui, tous les acteurs sociaux sont placés devant un double défi : celui d’adapter leur pratique et leurs outils pour mieux aider les gens à se réinsérer dans la vie sociale et celui de financer une dépense mise à charge de la solidarité.
Mais un autre défi nous attend tous : celui d’éviter le dérapage. Comment faire en sorte que Namur toute entière ne bascule dans la pauvreté, par une spirale infernale qui commence pas les couches les plus fragilisées de la société pour concerner tour à tour les indépendants, les classes moyennes, les retraités ? Déjà se multiplient les immeubles à l’abandon, les maisons de commerce fermées, tous signes visibles de la dégradation de l’économie ?
De la lutte contre la pauvreté, il faut passer à la lutte contre l’appauvrissement. La situation économique ne concerne pas que le premier ministre et les partenaires politiques et sociaux qu’il convoque autour de la table. Son cri d’alarme « c’est notre affaire à tous » doit rejaillir jusque dans nos communes. Quand évoquera-t-on la question au conseil communal de Namur, capitale de la Wallonie, qui devrait être un fer de lance du redressement wallon ? Quand aura-t-on, exprimé par la bouche du bourgmestre et de ses échevins, un plan de redressement de l’économie namuroise ?
Ils se rendent au MIPIM, à Cannes, pour rechercher des investisseurs pour leurs projets. Fort bien. Mais une chose est de réussir les projets du Collège, autre chose est de favoriser les investissements indispensables à la création d’emplois. C’est d’une vision globale dont nous avons besoin. De mesures appropriées et d’une parole énergique et mobilisatrice !

Pierre DULIEU

388 EDITO (5 mars 2010) :
Quand une jeune présidente redonne

vigueur et crédit

au Parlement wallon

Namur est enfin libérée du poids de l’incertitude ! Questionné par le bourgmestre Jacques Étienne, le Bureau du Parlement wallon a décidé à l’unanimité de fermer définitivement la porte à toute discussion sur un éventuel déménagement vers le site du Port du Bon Dieu. Ainsi que le déclare sa présidente, Émily Hoyos, il n’aurait pas été sage de se borner à dire que les circonstances ne se prêtent pas à des dépenses somptuaires, car, dans ce cas, le Parlement aurait forcé la Ville à attendre des temps meilleurs, contribuant ainsi au maintien d’un chancre urbain…
« Nous avons pris nos responsabilités, poursuit-elle... La Ville sait maintenant ce que nous voulons et peut dire ce qu’elle souhaite pour ce site majeur, situé sur le principal axe d’entrée à Namur ». Jacques Étienne a aussitôt déclaré que son administration allait s’atteler à la préparation d’un dossier de SAR (Site à rénover) « qu’il appartient au pouvoir public d’établir et non au privé. » Exit donc le projet du groupe Atenor (voir
Confluent n° 382 HS), dont le bourgmestre rappelle qu’il ne possède qu’une petite partie du terrain, le reste étant la propriété de la SPGE, avec laquelle la Ville entend bien négocier, car, n’est-ce pas, « entre pouvoirs publics, on doit pouvoir s’entendre… » Sans doute, sauf que la Ville est désargentée et qu’il ne faudrait pas que l’absence de moyens soit, après l’absence de concertation, le prétexte à ne rien faire.
Pour arriver à un tel résultat, il n’a pas fallu trois mois. Après 20 ans, paraît-il, de bouderie entre le Bureau du Parlement et la Ville, qui ne s’étaient jamais réunis…
Gloria ! Un nouvel esprit règne désormais sur leurs relations ! Question de personnes ? C’est la version du bourgmestre qui relève qu’il est bien plus aisé, et plus agréable, de s’entendre avec Émily Hoyos qu’avec José Happart, « qui n’a jamais eu que mépris pour Namur ».
Ce qu’il dit est assez atterrant. Que dans un Parlement, où se trouvent réunis les représentants du peuple, les décisions puissent à ce point dépendre de l’humeur d’un seul homme montre le degré de notre démocratie. Mais voilà qu’après Burgeon, qui avait décidé le Botta avant de se faire désavouer par une consultation populaire, après Spitaels, qui a choisi seul le Saint-Gilles dans une déclaration mémorable, après Happart, qui disait que les Namurois ne méritaient pas leur capitale, se lève quelqu’un qui prend le problème en main et lui trouve une solution en trois mois, dans un consensus généralisé ! Fallait-il que ce quelqu’un soit une femme, jeune et pleine d’allant, qui estime tout simplement qu’elle est là « pour faire le job », sans arrogance ni parti pris ? D’un seul coup, elle a rajeuni une institution jusque-là perclue de rhumatismes.

Pierre DULIEU



387 EDITO (19 février 2010) :


Mais que font-ils donc ?

Ou les effets désastreux de la

dilution du pouvoir


L’état des routes ne révèle pas seulement un manque de moyens budgétaires pour en assurer l’entretien et la rénovation, mais l’absence dans le chef du précédent ministre de l’Équipement de la volonté se doter des moyens nécessaires, puisque le fameux prêt que devait lui faire la Banque européenne de développement, il n’en a même pas fait la demande ! Ainsi le fameux expert qui se cachait sous le fanfaron n’était qu’un ectoplasme !
Le rapport de l’Inspection pédagogique sur l’état de l’enseignement ne conclut pas, lui, à l’absence de moyens, puisque le coût de la formation par élève est chez nous le plus élevé de l’Union européenne, mais à l’inadéquation de la politique menée pour assurer la réussite des élèves. Et cela pendant que les ministres précédents se fourvoyaient dans les procédures d’inscription scolaire et dans des réformes bâclées aux effets pédagogiques incertains ?
La suppression des huissiers audienciers dans les tribunaux, l’achat en catastrophe de 500 bracelets électroniques et la location de cellules pour détenus dans une prison des Pays-Bas sont les mesures urgentes censées renforcer la Justice, dans un pays où les mineurs délinquants, même récidivistes, sont relâchés sitôt après leur arrestation parce qu’il n’y a pas de place dans les IPPJ et où les détenus, ne supportant plus d’être à trois dans une cellule, deviennent de plus en plus violents. Les ministres précédents n’avaient donc rien prévu ?
Les protestations des fonctionnaires des finances qui dénoncent le manque d’effectifs et d’équipements informatiques nécessaires pour lutter contre la fraude mettent en évidence que la Belgique entend rester ce paradis fiscal pour certains, alors même qu’elle écrase les citoyens d’impôts. Le ministère des Finances, le plus utile, le plus important aussi dans notre État fédéral, serait-il le plus mal géré ?
Toutes ces informations en deux semaines ! Mais, dites-moi, où vivons-nous ? Dans ce pays aux talents multiples que nous vante le Roi Albert II ? Où dans un pays où la responsabilité politique est tellement diluée que les détenteurs du pouvoir ne sont plus contrôlés et où les discours ne correspondent plus aux actes sans que l’opinion, quand elle s’en émeut, puisse rien y changer ?
Pierre DULIEU








386 EDITO (5 février 2010) :

Confluent devient bimensuel

et s’offre
une nouvelle maquette

Il nous fallait bien nous interroger sur Confluent dès lors que la société qui en assumait la production et la régie média cessait ses activités. À l’ère de l’Internet, des journaux gratuits, des publications en veux-tu en voilà offertes par les pouvoirs publics, des chaînes de radio et de télévision de plus en plus nombreuses à s’intéresser au fait régional, cela avait-il encore un sens de poursuivre l’édition d’un magazine, de qualité certes, mais forcément assez coûteux pour ceux qui doivent l’acheter ?
Alors nous avons relu notre éditorial de novembre 1971. Il y était question de refus du conformisme, de rejet du laisser-aller, d’ouverture aux formes et aux idées nouvelles. Nous voulions contribuer à forger un avenir à notre région wallonne et être, pour la province de Namur, « le porte-parole de sa volonté d’existence ».
Ce besoin a-t-il disparu ? Certes non. Car de nouveaux défis attendent Namur : il lui faut s’affirmer en tant que ville et capitale dans une compétition de plus en plus vive, défendre ses institutions dans les méga-fusions qui, après les entreprises, concernent aujourd’hui le non-marchand (surtout l’enseignement supérieur et la santé), retrouver une place de premier rang dans les échanges internationaux, offrir aux jeunes des voies de réussite et à tous un cadre de vie épanouissant.
Dans ce contexte, le rôle de
Confluent, en tant que média indépendant, est d’être l’organe qui aide à avancer, en suscitant le débat, en osant la critique, en fustigeant l’indolence, hélas encore trop répandue, et en valorisant les initiatives, heureusement de plus en plus fréquentes.
Pour mieux exercer ce rôle, nous avons décidé de passer au rythme bimensuel qui nous permettra, sans cesser d’être en recul par rapport à l’actualité immédiate, de la commenter avec plus de pertinence.
Nous remercions ici nos lecteurs et annonceurs, qui nous font confiance, nos collaborateurs qui ont dû s’adapter au changement, ainsi que les libraires et les medias amis qui acceptent de faire la promotion de ce nouveau
Confluent, dont vous admirerez la nouvelle maquette signée Éric Borgers. N’hésitez pas à nous faire part de vos réactions !
Pierre DULIEU





385 EDITO (20 janvier 2010) :

Identité

ou “esprit namurois” ?

Le débat sur l’Identité nationale fait grand bruit en France. Peut-être est-ce un trait typique de ce peuple enflammé que d’en découdre avec les idées, son histoire, sa place dans le monde. Mais Besson le reprendra-t-il dans sa définition ? Il lui faudrait pour cela un certain humour…
À vrai dire, comme l’exprimait si justement Bernard Henry Lévy dans
Le Point, cela n’a guère de sens pour un peuple européen, quel qu’il soit, de vouloir se doter d’une Identité, qui, par définition, est exclusive des autres. Je préfère, pour ma part, parler d’esprit français, ou d’esprit anglais, et pourquoi pas d’esprit wallon. C’est-à-dire de cette tournure si particulière qu’ont les peuples de se comporter et d’appréhender le réel.
En fêtant les
Namurois de l’année, nous croyons contribuer à valoriser une certaine face d’un “esprit namurois”, qui serait fait de reconnaissance des talents mais aussi de modestie, de joie de réussir mais aussi de partager, d’envie d’innover mais aussi de sauvegarder les traditions. Le fait qu’il se trouve chaque année, depuis 21 ans, douze personnalités sélectionnées par le jury, dont certaines nous sont proches, et d’autres lointaines, à répondre, par notre intermédiaire, à l’appel de la Province, signifie aussi leur attachement à cette région où ils vivent ou qui les a vues naître, et le succès de la fête que nous leur faisons témoigne de l’envie qu’a Namur, grâce à eux, de briller sur la scène des succès.
Nous espérons que ceux qui nous regardent de l’extérieur, tels ces journalistes bruxellois qui décrivent année après année Namur comme une ville bourgeoise, conservatrice et quelque peu endormie, en viendront devant tant de talents à découvrir qu’elle est une source bouillonnante d’énergies contenues, dont le seul défaut – si tant est que c’en soit un – consiste à ne pas être chauvin. Et que Namur se sente un peu davantage “exister” à ses yeux comme aux yeux des autres. C’est aussi notre vœu pour 2010.

Pierre DULIEU



384 EDITO (20 décembre 2009) :

Convertissez-vous

Changez de

comportement !


Il faut changer de comportement. Non seulement avoir des voitures plus propres, mais moins s’en servir, moins se déplacer. Non seulement acheter des produits locaux, mais consommer moins et surtout moins de viande. Non seulement remplacer ses ampoules par des leds, mais les éteindre en quittant la pièce. Et aussi moins de portable, moins d’emails, moins de lumière de veille sur les ordinateurs et téléviseurs…
Ce discours du renoncement n’est pas celui du prêtre qui, en ce deuxième dimanche de L’Avent, évoque saint Jean-Baptiste prêchant l’abandon des biens matériels, il est celui de Philippe Henry, ministre de l’Environnement. Au sein de la délégation qui se rend à Copenhague, il en appelle à un autre mode de vie, axé sur la qualité des relations humaines plutôt que sur les quantités consommées. Il ose même employer le mot de “décroissance”, nous invitant à tourner le dos non à l’appétit de la vie, mais à celui des biens dans lesquels la publicité nous fait croire que réside le bonheur.
Ce n’est pas la première fois que les autorités demandent à la population de réduire son train de vie pour une grande cause. Mais c’est la première fois que la cause est mondiale. En 1940, il s’agissait de se serrer la ceinture pour soutenir l’effort de guerre; en 2009, c’est pour sauver les populations du monde entier du désastre annoncé.
Ce n’est pas non plus la première fois que l’argument réside dans le danger prophétique que court le monde. Mais c’est la première fois que l’argument est scientifique. Alors même que la science est mise en doute au quotidien (voyez la défiance envers les vaccins contre la grippe A/H1N1), chacun est prêt ici à lui faire confiance dans le long terme. Il faut pourtant une bonne dose de foi pour admettre qu’ont raison à 100% ceux qui déclarent que la cause du réchauffement climatique est notre mode de consommation (ce que contestent les physiciens du globe) et surtout que si nous changeons, en réduisant la production des gaz à effet de serre de 20% d’ici 2020 et de 50% d’ici 2050, le péril sera écarté.
En fait, nous sommes bien dans un discours religieux. Le “convertissez-vous” de la Bible est devenu celui de Copenhague. Son principal mérite sera de nous amener à mieux respecter Mère Nature, à nous faire prendre conscience de l’unité et de la solidarité du genre humain, à préférer en tout la qualité à la quantité. C’est le message laïcisé de Jean le Baptiste… qui, lui, annonçait la venue d’un Sauveur, dont Noël fêtera l’anniversaire.

Pierre DULIEU





383 HS EDITO (27 novembre 2009) :

Pauvreté croissante
Namur en soigne les effets, pas la cause...

En contrepoint à ce numéro presque entièrement consacré aux fêtes, les temps nous amènent à parler de la pauvreté. L’échevin Maxime Prévot, qui a la responsabilité de l’Action sociale, me disait récemment que plus de 10% de la population namuroise vit en dessous du seuil de pauvreté : « Bien loin du cliché qui voit Namur entre la Citadelle, les bords de Meuse et Erpent, en passant par les rues commerçantes du centre-ville, la réalité est effarante ! »

Mais la pauvreté est cachée. Elle n’a rien à voir avec les mendiants allongés dans les galeries : elle se dissimule dans des logements étroits ou insalubres. Dans les cités sociales, où les familles monoparentales, de plus en plus nombreuses, ont la priorité, les jeunes grandissent sans référent masculin. Forment des bandes, brossent l’école… Tandis que les animateurs sociaux s’activent avec des idées plein leur sac, et pas seulement à la Saint-Nicolas !

L’échevin Maxime Prévot et le président du CPAS Philippe Defeyt ont pris la pleine mesure du phénomène. Ils en connaissent les causes économiques (le chômage, la crise…) et sociétales (la rupture des ménages, l’immigration, l’illetrisme…). Mais ne peuvent lutter que contre les conséquences. Leur rapport conjoint sur “Le logement, une priorité pour tous” en témoigne : augmentation de la capacité d’accueil des abris de nuit (de 27 à 57 places en 2010), taxation des immeubles inoccupés, incitation des propriétaires à remettre leur bien en location, en les forçant même au besoin par la réquisition (95 procédures judiciaires envisagées), meilleure circulation de l’information sur les logements disponibles (listes avec prix, et demain une “Maison du logement” ), renforcement de l’asbl Gestion-logement-Namur, construction de nouvelles habitations (118 en projet).

La lutte contre la pauvreté prend encore bien d’autres formes, mais elle ne fait qu’adoucir la situation des plus malheureux. C’est sur les causes qu’il faut aussi agir. L’avons-nous assez proclamé : Namur doit mener une politique économique, qu’elle s’est toujours refusé à considérer comme nécessaire. Il faut attirer des entreprises et favoriser leur développement. Pour créer de l’emploi, générer des revenus, et accroître les recettes fiscales sans lesquelles la politique sociale risque de se trouver bientôt coincée faute de moyens.

Stoppons le déclin, encore inapparent mais réel, de notre région par une vraie mobilisation, tous azimuts.

Pierre DULIEU



383 EDITO (6 novembre 2009) :

L’avenir urbanistique de Namur :

un sacré enjeu !


À ma gauche, l’échevin Gavroy, suivi comme un seul homme (quoique…) par le collège communal. Il s’agit de tracer les nouvelles lignes -des lignes dites “durables”, car elles sont censées passer le cap de la majorité actuelle- du “nouvel urbanisme namurois”, en rupture complète avec celui de la précédente mandature, appelée l’ère Anselme.
L’idée de “rupture” est importante. Il s’agit de renvoyer aux oubliettes une procédure jugée laxiste d’octroi des permis d’urbanisme, qui a sans doute eu le mérite de permettre un essor de la construction dans la capitale wallonne, mais le tort de favoriser des projets peu compatibles avec leur environnement et ignorants de leurs répercussions sur la mobilité.
Mais pour la remplacer par quoi ? D’abord par un système : des études globales appelées schémas directeurs ou règlements d’urbanisme (RCU). Ensuite par une théorie : le développement durable. Enfin par des procédures : l’avis du service Aménagement du territoire avant celui de l’Urbanisme. Concrètement : le schéma directeur d’Erpent (voté avant les vacances) celui de Bomel-Saint-Servais, (voté le mois passé à l’unanimité du conseil communal, svp), le RCU des bords de Meuse (promis pour ce mois).
À ma droite, les promoteurs, constructeurs et architectes. De grands groupes, comme Atenor (dont nous avons récemment publié l’avant-projet pour le Port du Bon Dieu) ou GM Constructions (dont les projets de Bomel et d’Erpent ont été recalés), mais aussi des promoteurs namurois, comme Actibel (P. de Sauvage), SWPI (Fr. Iovleff) ou Bouvier. Depuis 3 ans, aucun projet majeur n’est sorti. Les deux derniers crient au blocage. Deux immeubles phares du patrimoine mosan (la Maison Legrand et la villa Vierly) sont devenus des chancres.
Entre les uns et les autres, c’est la tension, parfois exacerbée. Pourquoi ? Par incompréhension, voire refus de se parler. Il est temps, croyons-nous, de renouer les fils du dialogue entre les prescripteurs et les acteurs du développement. Car construire une ville ne peut consister seulement à dresser des plans, schémas et autres règlements, il faut aussi que les financements soient trouvés et que les projets sortent de terre. À Namur, pour l’heure, l’encre sèche plus vite que le ciment. En période de crise, ce n’est pas miracle…

Pierre DULIEU




382 Hors Série EDITO (23 octobre 2009) :

Méfions-nous
de nous-mêmes !

L’actualité namuroise s’accélère et notre magazine est forcé de suivre le rythme. Voici donc le deuxième Hors Série qui s’intercale entre deux numéros ordinaires de Confluent.
Des jeunes nous demandent souvent : « pourquoi avez-vous créé
Confluent ? ». Cette revue, qui bousculait les habitudes il y a 38 ans, n’en a pas perdu le goût. Elle poursuit deux objectifs : le premier est d’exprimer les forces de dynamisme de notre région, de les révéler, de les stimuler et, si besoin en est, de dénoncer les obstacles à leur épanouissement ; le second est de défendre la qualité de vie exceptionnelle d’amon nos autes, ce qui nous a conduit aux barricades quand le patrimoine était menacé, mais nous donne aussi l’obligation de révéler cette richesse, de l’expliquer et de la promouvoir dans ses composantes non seulement matérielles, mais aussi humaines et spirituelles.
Nos lecteurs nous demandent de ne pas verser dans la mode “people”, et ils ont raison. Ils souhaitent aussi des dossiers fouillés. Nous essayons de leur donner du “grain à moudre” pour que s’exerce leur vigilance démocratique, tout en restant agréables à lire et abondamment illustrés.
Ce numéro témoigne de la dynamique exceptionnelle de Namur : un événement de dimension internationale : le FIFF ; un vaste projet de construction : sur le port du Bon Dieu ; des plans d’aménagement de nos voiries, sur la place de l’Ange et à Jambes, qui vont changer notre ville.
Mais il dit aussi ce qui menace cette dynamique : la difficulté de se décider à agir, les rivalités entre familles politiques et entre preneurs d’initiatives, le manque de moyens budgétaires, l’hésitation paralysante entre le plus souhaitable et le réellement possible, et surtout la résistible attirance de la médiocrité qui reprend force à la faveur de la crise. Méfions-nous de nous-mêmes !

Pierre DULIEU