Des racines et des ailes

Comment le château de Thozée a retrouvé l’âme du Paraclet

Histoire d’une renaissance

Défi formidable que la renaissance du château de Thozée ! Un jeune homme de Namur, au nom de guerre de Thierry Zéno, l’a relevé. A partir de 1997, il s’est engagé dans un travail colossal. Aujourd’hui, après 20 années de lourds travaux, la rénovation n’est pas terminée. Zéno, atteint par la maladie, espérait aller au bout de l’aventure… au moins vivre jusqu’à la fin du mois de juin… La faux de la Camarde, gravée dans l’œuvre de Rops, a coupé court à son rêve. Thierry Zéno n’est plus. Il est parti entre deux weekends où le château était ouvert au public, avec des animations musicales et littéraires de grande qualité.

Cette longue histoire avait commencé dans les années 80, quand Thierry Zéno a rencontré Elisabeth, la petite-fille de Félicien Rops.

Elisabeth n’a pas de descendance. Elle vit seule. La vieille dame sent qu’elle n’en a plus pour très longtemps. Il y a le château, la ferme, les terres, les bois, le verger… 16 hectares… et puis, les archives de Félicien ! Que faire de tout cela pour que la mémoire ne s’éteigne pas ? Elle en parle au jeune homme qui vient la voir. On discute, on rêve, on projette. L’idée de créer une fondation s’impose bientôt. Elle aurait pour mission de perpétuer l’œuvre de Rops, des artistes et des poètes qui l’ont entouré ; elle devrait favoriser les nouveaux talents dans les arts graphiques, la musique, la littérature. On envisage des résidences d’artistes.

Sauver un château à la limite du naufrage, recueillir la mémoire de Rops et favoriser le travail de jeunes artistes qui viendraient à Thozée pour y apprendre l’art du dessin et de la gravure… mais la tâche est immense ! Les toits percent, on chauffe difficilement, on reste tout l’hiver dans la même pièce… comment faire revivre un lieu délaissé depuis des lustres ? Comment faire renaître l’esprit créatif en ces murs délabrés ? Certes, Thierry aime Rops. Il l’admire. Il en est fou. Son long métrage “Vase de noces” (1974) le déclare avec éloquence. On dit même qu’il est allé au festival de Cannes et que, sur la Croisette, il s’est promené comme Pornokratès, avec un cochon tenu en laisse. Il aime tout cela : gravure à l’acide, dessins sarcastiques, critique cinglante de la société bourgeoise, goût de la provocation. Mais il y a loin entre l’amour pour un artiste et l’envie de prendre à bras le corps le projet de restauration d’une gentilhommière saugrenue qui va occuper deux décennies de votre existence !

Et pourtant, Thierry Zéno est devenu en 1993 l’administrateur délégué de la Fondation Rops. Il relève le gant que lui a lancé Elisabeth. Devant la ferme volonté du jeune homme de reprendre en main le legs que recevra la fondation, la vieille dame est rassérénée. Elle a rencontré quelqu’un de passionné et d’imaginatif. Il représente la possibilité de pérenniser l’œuvre de son grand-père et de donner un avenir à des bâtiments qui menacent ruines. Mais, n’ayant aucune envie d’être gênée, elle demande qu’on ne commence les travaux de restauration qu’après sa mort, qui survient en 1997.

Paul Dulieu

Lire la suite dans le numéro 548 de Confluent


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