ENJEUX URBAINS : les commerçants indépendants s'insurgent

Les commerçants indépendants s’insurgent ?

La Ville leur propose de gérer eux-mêmes un budget participatif de 100 000 €.

Le 29 mars, c’était la fronde[1]. Près de 150 commerçants exprimaient leur colère.  Ils disaient aux échevins en substance : «  Vos projets à long terme, vos études sur l’attractivité commerciale, ce n’est pas à l’ordre du jour. Quand le feu brûle dans la maison, le pompier agit. Vous n’agissez pas. » Ce message a été compris à l’hôtel de ville.

La nouvelle réunion plénière était convoquée pour le 31 mai. Risque majeur ! Allait-on vers un nouvel affrontement ou bien le dialogue allait-il pouvoir s’installer ? La marmite allait-elle exploser ou la sérénité triompher ? La veille encore, nul ne pouvait prédire l’issue.

Mais conscient du risque que faisait peser cette grogne des commerçants indépendants sur sa crédibilité, le Collège communal avait préparé ses interventions avec une science consommée de la communication.

Tout d’abord le casting et l’ordre du jour. Plus question de dresser le diagnostic clinique du commerce namurois ; du coup, l’échevin Luc Gennart, qui n’avait pas réussi à maîtriser l’assemblée du 29 mars, s’est fort prudemment borné à une intervention de 5 minutes. Pas question non plus de donner la parole à l’échevin Gavroy, qui avait ramassé les casquettes en décrivant, devant des commerçants aux abois, l’horizon ensoleillé vers lequel, selon lui, Namur s’avance (il était absent de la table officielle). « Réagir aux défis du jour sans délai ! », tel était le mot d’ordre. Autour d’un bourgmestre en titre particulièrement en verve, c’est l’échevine Patricia Grandchamps qui est crânement montée au créneau pour parler mobilité, puis Stéphanie Scailquin pour la mendicité et Anne Barzin pour la sécurité. Du pratique, du terre-à-terre, du concret.

Ensuite, les arguments. Ils ont été finement et longuement étudiés. Puis distillés à l’assemblée de manière très calculée. D’abord l’intention : « renouer le dialogue », «  améliorer les choses », «  travailler ensemble ». Puis des concessions sur les voiries, ensuite un processus de discussion, pour finir en fanfare par l’annonce d’un budget participatif accordé aux associations de commerçants. «  Puisque vous prétendez que nous ne prenons pas les décisions qui vous conviennent, nous allons vous laisser dire lesquelles sont utiles à vos yeux. »

Il était 21h00. L’instant était magique. Maxime Prévot triomphait en apôtre de la participation ! Pour ma part, je n’en croyais pas mes oreilles. Je me disais : que se passe-t-il ? On nous a changé le bourgmestre ! Lui qui, d’habitude sait tout, décide tout, le voilà qui ouvrait la porte, mieux, qui renvoyait la balle aux commerçants ! J’ai même manqué de tomber de ma chaise quand il a répondu à un interlocuteur qui lui reprochait de faire examiner par ses services les propositions des uns et des autres pour leur délivrer ensuite une réponse “jupitérienne” : « Pas du tout, vous rencontrerez vous-mêmes les techniciens qui vous exposeront leurs réflexions. Il ne servirait à rien de retenir des propositions qui se heurtent à des objections juridiques ou techniques insurmontables, mais vous en jugerez par vous-mêmes. »

Suprême habileté : le bourgmestre leur dit : «  Sur beaucoup de points, les intérêts de l’un ne coïncident pas avec ceux de l’autre. Prenons l’exemple de la rue Golenvaux. Une voie d’accès au parking Beffroi faciliterait l’écoulement du trafic vers la rue Émile Cuvelier, mais elle ne peut être réalisée qu’en supprimant des parkings utiles aux commerces riverains... Je ne vais pas être  celui qui décide en fonction du dernier interlocuteur rencontré. Débattez entre vous et mettez-vous d’accord ! »

Et pour montrer que ce n’est pas du pipeau, Maxime Prévot annonce des montants de 100 000 € pour l’association des commerçants de Namur et 30 000 € pour celle  de Jambes, dont l’affectation sera décidée par elles. Un vrai “budget participatif”.

Oui, décidément, me disais-je, on nous a rhabillé le bourgmestre en apôtre de la démocratie directe. Enfin, faut pas exagérer. Il a tout de même profité de cette réunion pour réaffirmer son engagement en faveur du centre commercial du square Léopold, sans rencontrer l’appréhension exprimée par l’association des commerçants de voir s’y déplacer les grandes enseignes du centre-ville. Il a même embrayé sur leurs critiques par rapport à la sécurité et à la malpropreté pour dire que ce qui a été abusivement « présenté comme la huitième merveille du monde », à savoir le square arboré, n’était qu’un chancre à éliminer au plus vite.

Ainsi, en 3 heures d’exposé et de débat, le bourgmestre a rassuré les commerçants dans leurs préoccupations du court terme et les a acquis à sa vision du long terme. Chapeau l’artiste !

La satisfaction de Luc Gennart

Loin d’avoir le sentiment d’avoir été mis de côté, l’échevin du commerce triomphe. Il nous dit : «  Les problèmes les plus épineux concernaient la mobilité et le stationnement, qui sont de la compétence de Patricia Grandchamps. Elle a accepté en collège la proposition phare, qui était de faire sauter le verrou de la place de la station, malgré l’opposition du consultant Transitec, qui n’est d’ailleurs pas venu à la réunion.... Je m’en réjouis. 

Ensuite, le bourgmestre a fait inscrire au budget 130 000 € pour des actions spécifiques en faveur des commerçants. Pour moi, qui ne disposais que de 6 000 €, c’est une aubaine. Je vais enfin pouvoir agir de concert avec eux.... 

Enfin, le contrat passé avec le consultant SEGEFA sur l’attractivité commerciale comportait l’animation des réunions avec les commerçants. Il va également nous aider à décrocher des subsides régionaux. À cet égard, Namur a été retenue dans le cadre du plan Créashop, qui vise à aider les indépendants à ouvrir un commerce. Nous pouvons espérer 20 000 € à ce titre, et il y aura encore d’autres aides possibles. 

Quant aux trois associations de commerçants de la périphérie (Bouge, Salzinnes et Saint-Servais), nous trouverons bien les moyens de les aider également. »

Bref tout baigne pour l’échevin qui répugne à faire des effets de manche, préférant construire sur le long terme. Il a acheté une caméra embarquée grâce à laquelle ses services pourront photographier régulièrement les vitrines des magasins sur l’ensemble du territoire communal, ce qui permettra – grâce à un logiciel ad hoc, de mesurer l’évolution des commerces, qui subissent une rotation de l’ordre de 10% par an.

Il se montre également sensible à la proposition émise par Christophe Stroobants (AD Delhaize  de Jambes) de créer un Observatoire du commerce, susceptible, à l’aide d’un panel de commerçants volontaires, d’évaluer l’évolution des chiffres d’affaires. «  Nous avons, dit-il, des mesures du trafic automobile, de la circulation piétonne, nous aurons une vue claire sur l’activité commerciale, nous serons donc en mesure de mener une vraie politique du commerce à Namur. »

Pierre Dulieu

[1] Voir Confluent n° 543 du 7 avril 2017 : « Entre la Ville et les commerçants, le dialogue va-t-il enfin s’installer ? » (N.B. : la réunion a eu lieu le 29 mars et non le 30, comme écrit erronément.

 


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