Entretien, par Pierre DULIEU : Willy Borsus , Ministre-président : pas une transition, un changement de cap !

Votre désignation à la tête du Gouvernement wallon a dû vous surprendre.

 

J’étais au courant de tensions à l’intérieur du couple PS-cdH, mais je ne m’attendais pas à sa rupture. La veille encore, j’étais occupé, comme ministre de l’Agriculture, avec l’affaire du Fibronil. Mais lorsque mon président de parti m’a téléphoné pour me proposer de prendre la tête du gouvernement wallon, j’ai répondu que j’étais disponible, pour autant qu’il y ait des garanties de changement.

 

On dit parfois que vous arrivez trop tard pour changer les choses avant les prochaines élections, que vous ne présiderez qu’un gouvernement de transition.

 

Pas du tout, je vais vous l’expliquer. Mais d’abord, j’aimerais profiter de cette interview pour dire combien je trouve indignes les propos du député écolo Jean-Marc Nollet. Il tente de m’accuser de négligence dans le scandale du Fibronil. Je n’aurais pas averti la population dès que j’étais au courant. Mais ce n’est pas en alarmant les gens qu’on résout un problème, c’est en prenant les mesures adéquates, notamment le blocage des exploitations concernées, ce que j’ai fait aussitôt avec le concours de l’AFSCA, en même temps qu’en diligentant des enquêtes. Celui qui est responsable du plus grand dérapage budgétaire de la Wallonie, je veux parler des primes au photovoltaïque, n’a pas de leçon à donner...

 

Revenons à la situation créée par Benoît Lutgen. Elle crée de l’incohérence, dans la mesure où, à la Fédération Wallonie-Bruxelles, la majorité n’est pas la même qu’à la Région wallonne. Cela frise même la schizophrénie dans le cas d’Alda Gréoli, ministre avec vous à Namur et avec le PS à Bruxelles...

 

Attendons de voir, les choses pourraient évoluer. Par contre, la cohérence avec le fédéral est beaucoup mieux assurée. Je siégeais au comité de concertation avec les Régions et je peux vous dire que le PS ne combattait pas seulement le gouvernement fédéral au sein du Parlement, mais aussi en manipulant l’institution wallonne contre lui. Cela ne va pas. Nous devons être dans un fédéralisme de coopération, pas de confrontation.

 

Vous êtes un Wallon bien ancré dans votre terroir. J’imagine que c’est un plaisir pour vous de revenir à Namur...

 

J’ai été député wallon pendant dix ans, jusqu’au 11 octobre 2014, lors de mon installation comme ministre de l’Agriculture, des Classes moyennes, des Indépendants et de l’Intégration sociale. Le premier mois a été ardu, mais ce sont des compétences qui m’allaient comme un gant. J’avais pour elles une certaine tendresse... Y compris l’Intégration sociale, avec un budget de 1,1 milliard d’aides aux CPAS. J’ai mené une action efficace au bénéfice des agriculteurs tant flamands que wallons. Notamment en étant très offensif à l’exportation : 110 protocoles d’accord ont été négociés, nos prix de vente du porc sur le marché chinois ont doublé, le marché brésilien s’est ouvert à nos producteurs de poires...

 

Revenons-en, si vous voulez bien à la Wallonie. Dans quel état l’avez-vous trouvée ?

 

Catastrophique. Ce n’est pas moi qui le dit, mais un rapport de l’IWEPS paru en novembre 2016. On y lit : « Depuis 23 ans, le taux de chômage flamand a été divisé par deux, passant de 10,7% en 1983 à 5,2% en 2015. En Wallonie, il est resté à un niveau similaire. » Il est plus que temps de réagir : dix ans nous ont été donnés pour assurer l’indépendance financière de la Wallonie ; trois ans se sont écoulés et nous sommes loin du compte. Le PS est au pouvoir en Wallonie depuis 33 ans, mais une personne sur quatre vit sous ou frise le seuil de pauvreté. On compte 290 000 demandeurs d’emploi indemnisés...

 

Il y a des raisons objectives à cela : la fermeture de Caterpillar, la disparition de la sidérurgie wallonne...

 

Je suis un paysan pragmatique. Je juge l’arbre à ses fruits.

 

Le gouvernement sortant n’a pourtant pas manqué d’agir. Voyez le plan Marshall...

 

Je n’ai pas dit que tout était mauvais, mais encore une fois les résultats ne sont pas à la hauteur. Beaucoup d’entreprises voudraient grandir, mais leur dynamisme est handicapé par la bureaucratie, le fouillis des aides, l’absence de main d’œuvre formée. On recense 55 métiers en pénurie, que n’y oriente-t-on pas les chômeurs ! C’est ce qu’a déclaré Pierre-Yves Jeholet (ministre chargé de l’économie et de la formation, NDLR) , qui va s’employer à redresser la barre.

 

Vous voulez tout changer ?

 

Nous allons opérer des réformes fortes, mais pas faire table rase. Ainsi le système des aides à l’emploi mis en place par Éliane Tillieux ne sera pas modifié, le Code wallon du Développement territorial (CODT) de Di Antonio non plus. Le Plan Marshall ne sera pas déstructuré, mais amendé après l’analyse du rapport intermédiaire qui doit sortir prochainement.

Quelle réorientation alors ?

 

Soutenir le secteur privé, surtout les PME, pour qu’il innove, décroche des marchés à l’exportation, embauche de nouveaux collaborateurs... Cela suppose un vaste dispositif englobant la formation, les aides à l’emploi, le soutien aux investissements, la simplification administrative. Par exemple, il y aura un seul point d’accès pour les aides, des procédures simplifiées, un système de traçabilité informatique de son dossier par le demandeur, des délais de rigueur dans le traitement administratif des demandes d’aides...

 

Donc plein feu sur l’économie...

 

Pas seulement. Nous voulons que chaque euro dépensé soit utile pour le développement économique, les besoins sociétaux et la transition écologique. Par besoins sociétaux, j’entends notamment ceux des personnes âgées dont le nombre ne va cesser de croître. Quant à l’écologie, nous nous engageons à respecter les accords de Paris, ce qui ne sera pas une mince affaire.

 

Sur le plan financier, nous voulons le retour rapide à l’équilibre budgétaire tout en améliorant le pouvoir d’achat. Nous allons supprimer la télé-redevance, réduire à zéro les droits d’enregistrement sur le 1er logement, permettre la déductibilité du précompte immobilier dès le 1er enfant.

 

Avec quelles ressources ?

 

Nous n’augmenterons certainement pas les impôts. Nous allons optimaliser la gestion de la dette, rationaliser les dépenses, réduire ou supprimer certains transferts. Ainsi, le Fonds des Provinces sera réduit de 5%. Mais il nous faut d’abord un état des lieux. Le Parlement sera réuni le 6 septembre pour demander un audit à la Cour des Comptes.

 

Vous ne parlez pas de la gouvernance...

 

À côté de l’économie, des besoins de la société et de la transition écologique, c’est une de nos cinq priorités. Plus de transparence dans les mandats exercés, la suppression de la case de tête lors des élections régionales... La dernière priorité est la sécurité, notamment par un plan de lutte contre la radicalisation violente.

 

Pour conclure...

 

Nous voulons donner une véritable impulsion à la Wallonie et rendre espoir à nos concitoyens. Il est plus que temps !

 

COMMENTAIRES

 

Un des tombeurs du PS

Sous son air faussement débonnaire, Willy Borsus s’affirme comme un des tombeurs du PS en Wallonie, auquel il ne reconnaît aucun mérite. Pour lui, la cassure opérée par le cdH offre une opportunité extraordinaire d’en finir avec un système socialiste qu’il juge basé sur l’assistanat.

On se souviendra que c’est lui qui a manœuvré en 2012 pour écarter le PS de la majorité provinciale namuroise, en négociant une alliance de son parti avec le MR. Il était, à cette époque, président de la Fédération MR de la Province.

Depuis lors, il a migré vers celle du Luxembourg où il a réussi à faire élire deux députés réformateurs au Parlement wallon, alors qu’ii n’y en avait plus précédemment. Un succès dont il se flatte aujourd’hui, en rappelant que la majorité MR-cdH au Parlement wallon ne tient aujourd’hui qu’à une voix... Son dynamisme, son efficacité et son art de la persuasion lui ont ainsi ouvert la voie du poste qu’il occupe aujourd’hui.

En 2018, il sera – tout comme le ministre René Collin – candidat bourgmestre pour la commune de Marche, aux élections communales. Mais, déclare-t-il, mes électeurs sauront d’entrée de jeu que je ne compte pas exercer mon mandat. Ce sera à eux de décider s’ils acceptent ma position, exposée en toute transparence.

Pierre Dulieu


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