"La médecine malgré elle", comédie tragique en plusieurs actes.

Études de médecine, soins de santé, sécurité sociale, pléthore et pénurie de médecins, qui donc peut encore y voir clair dans la saga des concours et examens d'entrée de médecine, dans la double cohorte et les trop rares places de stage, dans les quotas et l'attribution de numéros INAMI, dans les déclarations de pléthore et de pénurie médicales, etc. ? Que choisir quand chaque solution créera immanquablement des victimes ?

Dans cette saga, outre d'autres soucis aussi fondamentaux mais impossibles à traiter en quelques lignes, nous voudrions dénoncer deux perversions touchant les facultés de médecine. D'une part, l’obligation pour ces facultés de remplir une mission à laquelle elles ne peuvent prétendre. D'autre part, la déformation de l’objectif confié aux étudiants en un idéal contraire à celui qu'ils se doivent en principe de poursuivre.

Une faculté corrompt sa mission si elle se donne comme finalité première la vérification des compétences de ses étudiants.

Tout étudiant corrompt son métier s’il considère un diplôme comme finalité ultime.

La faculté n'est pas un bâtiment avec une enseigne et des locaux. L’université non plus d'ailleurs. La faculté est par définition même un ensemble de personnes reconnues, dépositaires de compétences diverses mais complémentaires, dont l'ambition et le métier sont d'abord de raffiner le savoir d'aujourd'hui par la recherche. Mais l'ambition d'une faculté est aussi de transmettre aux étudiants qui lui sont confiés à la fois son savoir, mais aussi les doutes qui nourrissent inlassablement le questionnement propre à l’université. Par conséquent, une faculté corrompt dangereusement sa mission si elle inscrit, comme finalité prioritaire de ses activités, la vérification des compétences acquises par ses étudiants.

Les étudiants sont des hommes et des femmes dont l'ambition et le métier sont l'acquisition de compétences précises et la compréhension des incertitudes qui accompagnent inexorablement les limites de chaque connaissance de pointe. Les étudiants sont donc des hommes et des femmes destinés à succéder un jour à leurs aînés, mais surtout à les dépasser en solutionnant les problèmes laissés en suspens par leurs maîtres. Par contre, sous peine d'une dérive dangereusement stérile, les étudiants ne peuvent jamais devenir des jeunes gens qui se préparent exclusivement aux épreuves destinées à évaluer certaines compétences. Tout étudiant corrompt son métier s'il considère un diplôme comme une finalité ultime, au lieu d'une reconnaissance en lieu et place d'un niveau minimum de compétences destinées à se trouver inlassablement enrichies pendant toute une vie professionnelle.

Si pour des raisons d'équilibre financier ou de protection de privilèges, nos députés pensent devoir limiter le nombre de médecins, d'une part, mais n'adaptent pas le mode de financement des études supérieures, d'autre part, ils contraignent inévitablement les universités et les facultés de médecine à jouer le rôle qu'elles ne peuvent pas endosser, mais qu'elles acceptent depuis trop longtemps (côté francophone en tout cas). Le corollaire inévitable, c'est la culture de l'étudiant transformé en bête de concours, à la poursuite des questions d'examens et de leurs réponses pour en faire leur objet d'étude. L'autre corollaire, aussi peu enviable, c'est la culture de la faculté qui ne sait comment renouveler ses questions pour chaque épreuve, dans un jeu de poursuite entre la souris et le chat mais où le piège ne vise plus celui qu'on croit.

La saga n'est à ce jour pas encore éteinte. Il faut d’abord "épuiser" le concours qui doit clôturer l'année 2016-2017 et préserver les étudiants qui se trouvent plus avant dans les études de médecine, mais à qui aucune garantie d'un numéro INAMI n’a été concédée. Par la création d'un examen d'entrée 2017 centralisé au Heysel, le monde politique assume enfin sa responsabilité et protège, de ce fait, les universités dans leur mission d'enseignement. Mais le problème pédagogique demeure, car il est simplement déplacé !

Au moment où nous écrivons ces lignes, les associations d’étudiants de toutes les universités francophones ont introduit un recours en référé pour faire annuler le concours de sélection en faculté de médecine pour manque de motivation.


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