Le sursaut de la Vertu

L’élection présidentielle française est entièrement polarisée autour de la personnalité des candidats.
Or, les débats ne portent pas sur leurs programmes, mais sur leur moralité. Les jugements ne ciblent pas leur capacité à diriger, mais leur rigueur  "droit dans les bottes ”.
Lorsque Fillon prétend avoir le seul programme susceptible de redresser la France, on lui rétorque : « Et Pénélope, elle tisse toujours ? » Et quand Macron dessine un paysage politique au-delà des clivages droitegauche, on lui lance tantôt : « Fils de banquier ! » et tantôt : « Suppôt de Hollande!» L’opinion publique ressemble de plus en plus à ce mesureur de nuages qu’a représenté Jan Fabre : elle poursuit un même travail chimérique, tentant aussi vainement de mesurer l’intégrité des hommes et femmes politiques que les contours des cumulus qui parsèment notre ciel. Le phénomène n’est pas que français.

Les révélations portant sur les fameux comités de secteur de Publifi n'ont réveillé une exigence de transparence et de justice que la commission parlementaire met en scène à la manière des tragédies antiques. Tel qui se croyait au pinacle est déshabillé sans pitié.
Tel qui se prenait pour un demi-dieu est traîné dans la boue. Il ne suffisait pas que leurs décisions fussent légales, il eut fallu qu’elles fussent éthiques. Mais par qui remplacer tous ces fautifs ?

Chez nous comme ailleurs, on ne trouve personne qui n’ait pas obligeamment fermé les yeux à un moment de sa vie sur une situation qui, révélée au grand jour, apparaît objectivement scandaleuse. Cette quête de la pureté fait honneur à la démocratie.
Elle montre que les partis ont la capacité de réagir contre ce qui la dégrade et que des contre-feux sont possibles.
Néanmoins, elle interpelle, parce que la réaction est neuve et donc, à bien des égards, déroutante. La plupart des faits aujourd’hui dénoncés étaient connus -comme la création de la société de droit privé Nethys chargée de gérer une intercommunale, ou, en France, le paiement d’une épouse comme attachée parlementaire-. Mais ils ne faisaient pas scandale. Pourquoi nous sautent-ils à la figure aujourd’hui ?
Une chose est certaine : ce n’est certainement pas parce que nos concitoyens seraient devenus eux-mêmes plus moraux. La nature humaine ne change pas. Cupides, envieux, redresseurs de tort, nous le sommes et nous le resterons.
Mais ce qui se passe, c’est un double phénomène : d’une part, un énorme sentiment d’injustice dans une société de plus en plus duale, où les riches méprisent les pauvres et ravalent les classes moyennes et, d’autre part, le fait que nous ne voyons pas quelle politique pourrait changer cet état de choses. D’ailleurs nous ne croyons plus au discours du politi que qui balance entre la tenue du boutiquier et le plastron de l’utopiste, mais ne présente pas de vision mobilisatrice, alors que pourtant, la situation mondiale nous place au pied du mur.


Résumons : le sursaut d’exigence vertueuse qui virevolte d’un média à l’autre n’a rien à voir avec une amélioration du niveau de conscience de nos concitoyens, sinon en apparence. S’il y en avait une, cela se saurait.
Or, les effluves qui se déversent dans les réseaux sociaux charrient plus de billevesées que d’aménité, et les éditoriaux jouent plus sur le goût du scandale que sur l’indignation sincère.
Non, ce sursaut est directement lié à notre incapacité de nous dessiner un avenir collectif.
À défaut de pouvoir changer le monde, nous jouons au tir aux pipes sur les têtes célèbres.
Cela servira un peu (la moralisation de la vie publique, c’est en soi un progrès...), mais c’est aussi un cinéma qui ne change pas durablement la vie et nous distrait des vrais enjeux.

Pierre Dulieu


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