Les libraires namurois et le grand méchant loup

Rien ne sert de se voiler la face. Le géant américain de la distribution en ligne –Amazon, pour ne pas le citer – a secoué le commerce physique traditionnel. Et ce, tous secteurs confondus. Basé sur un modèle économique qui casse les règles, le leader mondial de l’e-commerce propose un large catalogue de produits, des millions de livres en stock, des prix attractifs et un mode de livraison ultra rapide.  

Après la stupeur voire quelques tremblements, comment les librairies physiques ont-elles accusé le coup ? Se sont-elles retrouvées KO face au champion de l’internet ou au contraire, ont-elles été capables de se relever, de faire face… et même de se réinventer ? Rencontre avec nos libraires namurois qui, chacun, ont pris le temps de se raconter.

Catherine Mangez

Le SLFB mène le combat

Avant de s’intéresser aux avis, ressentis et stratégies propres à chaque librairie, prenons le pouls du Président du Syndicat des Librairies Francophones de Belgique (SLFB). Qui n’est autre que Régis Delcourt (co-gérant de la librairie Point Virgule).

Fondée en 1990,  le SLFB est une association de librairies indépendantes qui a pour objet essentiel de veiller à la sauvegarde et au progrès des intérêts des libraires.  Pour que les petites librairies aient les mêmes avantages que les grandes (au niveau du transport, des relations commerciales avec les distributeurs…). « Car il est essentiel de faire entendre la voix du libraire» précise Régis Delcourt.

Depuis quelques années, le Syndicat s’est recentré sur deux grands combats.

Primo, en finir avec la tabelle. Dans les librairies belges, vous avez déjà remarqué sur de nombreux livres français une petite étiquette masquant le prix imprimé sur la quatrième de couverture. Si vous la décollez, vous découvrirez que le prix initial fixé par l'éditeur augmente… après avoir franchi la frontière franco-belge !

Cette différence s'explique par une majoration du prix appelée ‘tabelle’, qui était autrefois utilisée pour couvrir les frais de douane et les risques de change entre les francs belges et les francs français.

Au moment du passage à l’euro, cette pratique a logiquement disparu pour la plupart des éditeurs… À l’exception de deux grands distributeurs que sont Interforum et Dilibel.  Les libraires belges ont bien évidemment grincé des dents. Quoi de plus logique lorsque l’on sait que les opérateurs de vente en ligne ne sont pas concernés par ladite tabelle.

Secundo, lutter pour une loi sur le prix unique du livre. Pour que le livre soit vendu au même prix dans toutes les surfaces de vente.

Qu’en est-il de la situation aujourd’hui ? « La situation a bien évolué depuis deux ou trois ans. Avec Joëlle Milquet tout d’abord qui décide d’avancer. Et puis aujourd’hui, avec la ministre de la culture Alda Greoli qui reprend le dossier de manière ferme » précise le président du SLFB.  L’an dernier, le 21 juillet plus précisément, la ministre a déposé un projet de loi visant le prix unique et la disparition de la tabelle. Une révolution pour les libraires car cette disposition signera la fin de la concurrence des prix. L’uniformisation prendra cours dès le 1er janvier 2018....

... Du côté de chez Papyrus

Au N°16 de la rue Bas de la Place, la librairie Papyrus fête ses 27 ans. 7 libraires (bientôt 8) et une employée administrative composent l’équipe. Littérature, jeunesse, économie, histoire et un rayon politique/débat bien fourni constituent une partie de l’offre et de l’identité de la librairie.

Ici aussi, le grand méchant loup, c’est Amazon à 200%.

Pour Catherine Mangez, co-gérante de la librairie, la concurrence ne porte pas tant sur le prix mais plutôt sur le délai. Avec la disparition de la tabelle, le système de prix unique du livre mais aussi la carte de fidélité proposée dans la librairie, l’écart s’estompe. Côté délais par contre, il est difficile de rivaliser avec le géant du web.

« La logistique n’est pas notre compétence première. Et nous n’avons pas envie de nous lancer là-dedans. Notre spécificité, c’est de conseiller au mieux les gens. Et pour ce faire, il faut se rencontrer. L’existence de cette plateforme a mis une pression certaine sur le suivi des commandes et les délais. Nous avons accéléré le rythme des commandes vers les fournisseurs de manière à réduire le délai d’attente. De même, nous avons mis en place des outils informatiques pour un suivi des commandes plus optimal. Et Catherine d’ajouter non sans malice : Si on a le livre en magasin, nous sommes plus rapides qu’Amazon ! »

L’aménagement de l’espace a été repensé pour amener de la lumière, pour que les gens se sentent chez eux, qu’ils prennent le temps de feuilleter un bouquin en toute liberté. Avoir un lieu pour recevoir les classes aussi.  Pour que les élèves puissent déambuler parmi les rayonnages et choisir un livre qui les intéresse.

Quant aux libraires, sans cesse, ils se réinventent et découvrent de nouveaux horizons. Ainsi, au départ d’une commande client, ils découvrent le courant du livre autour du bien-être, du rangement, du minimalisme. Une mode à laquelle Papyrus n’était pas sensible au départ. Et puis, petit à petit, le rayon s’est étoffé. Idem pour les thèmes de la santé, du bio. « Toute lecture est porteuse d’intelligence, de sens (avec quelques bémols quand même). Nous restons à l’écoute de nos lecteurs. C’est une source de découverte pour nous », souligne Catherine.

C’est d’ailleurs une identité que Papyrus veut avoir. Ne mépriser aucun ouvrage. Que chaque lecteur soit accueilli, quelque soit son type de lecture. Et dans un autre souci d’ouverture, Papyrus a lancé Le Livre Suspendu. Pratiquement, on achète un livre et on en offre un second ou un bon d’achat, pour une personne qui vit dans la précarité.

Chez Papyrus, la clientèle est très diversifiée : des lecteurs plaisirs qui veulent s’évader, des amateurs d’essais politiques, soucieux de comprendre le monde. Car les Namurois sont intéressés par les livres et sont de grands lecteurs !

Un large public vient en famille. Et justement, roulez jeunesse ! Papyrus propose à un rythme de plus en plus soutenu des animations-rencontres autour de la littérature jeunesse. Des lectures d’album le samedi matin, des ateliers créatifs avec des illustrateurs…

Epinglons aussi les rencontres littéraires avec les auteurs qui permettent un autre regard, un partage autour d’une œuvre. C’est clairement ce qui distingue la librairie des points de vente de la moyenne et de la grande distribution. Parmi les rencontres qui ont marqué nos libraires, citons Laurent Gaudé et plus récemment Pascal Manoukian qui s’est livré comme jamais.

Pour revenir au grand méchant loup, Papyrus estime avoir un rôle d’information à jouer. Comme tous les commerçants d’ailleurs. Et les librairies d’observer avec joie un regain de conscientisation. Une démarche citoyenne qui consiste à fréquenter les librairies indépendantes.

Car au final, le métier de libraire demande de se laisser interpeller par la création, par ses clients. Tout est une histoire de rencontre. Qui n’est en rien virtuelle.

Le cœur de cœur de l’été pour Papyrus : L’envers des pôles de Nathalie Nottet (née à Namur en 1964, psycho-criminologue) aux Éditions Weyrich qui entraîne le lecteur dans l’univers déroutant de la bipolarité.


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