PAUL MALHERBE, UN SACRE NAMUROIS

Quelles que soient leurs convictions, les Namurois ont savouré la liberté avec laquelle l'abbé Malherbe disait, chaque lundi des Fêtes de Wallonie, ce qu'il pensait, à la lumière des actualités et de sa lecture du message de l'Évangile. Pour  secouer les détenteurs de pouvoirs politiques, économiques, culturels et  religieux ainsi que les simples citoyens, il employait, avec beaucoup d'humour, des mots et des expressions qui font la richesse du wallon. Mais pour fignoler ses fameux sermons, longuement mûris, il se faisait aider.

 

De même, il n'était pas le fondateur des initiatives, souvent appelées  “œuvres de l'abbé Malherbe”, que sont les permanences de premier accueil du “Vî Clotchî” tenues au presbytère de Saint-Loup et le lavoir social “Li P'tite Buwèye” - la petite lessive - fonctionnant à l'Escholle dominicale pour les Pauvres. Mais il en encouragea toujours les responsables. Il en fut de même vis-à-vis des  transformations et de la gestion à finalité sociale des logements et locaux de la rue Rupplémont, ainsi que du “Logis Saint-Materne” de la rue Notre-Dame ou encore de l'asbl “Une Autre Maison”, qui mit en location des logements à prix modérés.

 

Vicaire épiscopal apprécié

D'une manière plus large et comme curé de St-Jean-Baptiste et St-Loup de 1979 à 2012, l'abbé Malherbe a sans cesse invité ses paroissiens et autres concitoyens à servir la communauté namuroise qui lui était si chère (vu qu'il était né à Salzinnes en 1935 et qu’il a été scout et élève au collège Notre-Dame de la Paix), en faisant preuve d'un humour qu'il garda jusqu’à la fin, malgré ses problèmes de santé. Après avoir perdu son papa, cet aîné de cinq enfants travailla dans l’entreprise familiale de construction avant d’entrer au Séminaire. Il fut ordonné prêtre en 1960 et fit une licence en théologie à Leuven.

 

Revenu à Namur, il enseigna à  l'Institut technique et fut aussi, notamment, aumônier du mouvement de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, berceau de la méthode Voir-Juger-Agir du génial Joseph Cardijn (qui influença  le pape Jean XXIII  pour la convocation du concile Vatican II et l'ouverture de l'Église catholique au monde moderne). Y  contribuèrent aussi les maîtres louvanistes ainsi que Mgr Charue, l'évêque du jeune, curieux et ouvert abbé Malherbe. Pas étonnant dès lors que celui-ci devienne un vicaire épiscopal très apprécié dans le diocèse et au-delà : au Conseil de la Jeunesse  Catholique, à l'actuel Conseil Interdiocésain des Laïcs et aux sessions de formations interdiocésaines de Blankenberge. C'est donc fort naturellement qu’il fut à nouveau nommé vicaire épiscopal par le Luxembourgeois Robert-Joseph Mathen, successeur de Mgr  Charue. À ce titre, il initia une page “Grand Namur” dans l'hebdomadaire “Dimanche”, bien avant la fusion des communes, et il  fit soutenir le lancement du magazine “L'appel” par des Liégeois, dont l'abbé Gabriel Ringlet, rejoints ensuite par des Namurois et autres.

 

Pasteur au cœur de Namur

 

Après dix ans de fructueux services comme vicaire  épiscopal, l'abbé Malherbe voulut travailler en paroisse, à Namur et à la suite du très aimé abbé Georges Bouchat, cet autre “prêtre de Jésus-Christ”,  proche de toutes et de tous, spécialement des petites gens, des immigrés, mais aussi des familles et des jeunes boostés par l'esprit du concile Vatican II, notamment lors des très fréquentées messes dominicales.

 

De là l'orientation et les soutiens déjà signalés qui firent de l'abbé Malherbe un “Namurois de l’année” (1979), un titulaire du Prix Blondeau et un des citoyens honorés au Parlement fédéral. De plus, ce pasteur était un fin observateur de l'évolution de la société et de l'Église, ainsi qu'un grand lecteur de journaux et livres très divers. Il se nourrissait aussi de contacts avec des confrères, comme les chanoines Maxi Tasiaux et Louis Dubois, les abbés Joseph Laloux et Pierre Dahin ou encore des laïcs aux divers engagements. Il aima participer aux riches “sessions de recyclage”, organisées en Alsace, avec le soutien des évêques Charue et Mathen, et il regretta par la suite ne pas y avoir côtoyé de jeunes membres du clergé. Car il avait été profondément blessé par les divisions vécues au sein du diocèse après la nomination, en 1991, de Mgr Léonard comme évêque et par le peu de suites données à l'Assemblée diocésaine tenue à Nassogne en 1985, à l'invitation de  Mgr Mathen, l'évêque du “Tous responsables”.

 

Dès lors, c'est pour promouvoir la coresponsabilité en Église et en société, que l'abbé Malherbe a aussi peaufiné les sermons  prononcés à l'église St-Jean-Baptiste et en bien d'autres lieux. Il les basait sur des paroles traversant toute la Bible, sur ses observations et réflexions consignées en bien des carnets. De plus, de 1988 à 2012, il signa chaque mois un article de la même veine dans la feuille paroissiale “Entre Jean et Loup”, Il fut aussi à la base de “Soupline”, un groupe de responsables paroissiaux, avant de contribuer à la création de conseils paroissiaux successifs formés sur base d'élections après avoir adopté une Charte paroissiale en 2008.

 

Invitant à s'ouvrir du local à l'universel,  ce membre du mouvement “Église-Wallonie” avait régulièrement accueilli des acteurs des pays du Sud, dont le regretté Mgr Ruiz, évêque du Chiapas, au Mexique, proche des théologiens de la libération et partenaire de l'ONG “Entraide et Fraternité”. Il s'était d'ailleurs réjoui de la réalisation du 1er Dictionnaire de la Théologie de la Libération, alors que cette œuvre magistrale, parue en mars 2017 aux Éditions jésuites, est due au trio namurois composé de son ami l'abbé Maurice Cheza, du père Pierre Sauvage et du Chilien et Luxembourgeois Luis Martinez, qui enseigne au centre Lumen Vitae basé à Namur depuis 2016.

 

 

Jacques BRIARD,

membre de la Communauté paroissiale St-Jean-Baptiste et St-Loup.


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