Politique L'EXPERT : Wallons, Bruxellois : où allons-nous ?

Sur le fond du problème, chacun jugera. Le PS était-il encore « fréquentable » après avoir été principalement mis en cause, une nouvelle fois, dans de graves affaires comme celles de Publifin et du SAMU social ? Demeurait-il un partenaire fiable, alors qu’il semblait radicaliser son discours, afin de ne pas perdre davantage de plumes dans les sondages au profit du PTB ? En pareil contexte, les locataires du boulevard de l’Empereur n’ont-ils pas braqué leurs alliés humanistes, en bloquant certains dossiers chers à la rue des Deux-Eglises ? Ces divers éléments ont pu contribuer à alimenter la volonté du bourgmestre de Bastogne de « déscotcher » sa formation d’un PS devenu encombrant. Quoi qu’il en soit, d’autres questions se posent.

Tout d’abord, le timing. Les exécutifs des entités fédérées pourraient ou devraient se renouveler alors même que les élections communales (14 octobre 2018) et d’autres scrutins ‒européen, fédéral, régionaux et communautaires (fin mai 2019) ‒ commencent à se profiler à l’horizon. Ces échéances rapprochées laisseront-elles aux majorités de substitution le temps d’adopter et de concrétiser un nouveau cap, surtout pour des dossiers de longue haleine ? La réponse à pareille interrogation ne va pas de soi.

Ensuite, le mode de renversement des majorités en place, pour autant qu’il se généralise, est inédit. Sans pouvoir passer par la case des élections, le CDH ostracise, en quelque sorte, son ancien partenaire, au lieu de se retirer lui-même des coalitions en place, comme le font habituellement ceux qui provoquent des chutes de gouvernements. Même l’ancien président du PSC, Gérard Deprez, pourtant rompu aux renversements d’alliances, n’a jamais procédé de la sorte.

Enfin, la manière de mener de telles opérations interpelle, en interne comme en externe. D’une part, en effet, selon les informations qui circulent avec insistance dans la presse, B. Lutgen n’a pas informé, avant le bureau politique décisif du 19 juin, ni tous les ministres, ni tous les chefs de groupe du CDH, de ce qui se tramait. Manifestement, des personnalités humanistes ont été prises de court, ce qui expliquerait quelques flottements ultérieurs dans les rangs du parti, notamment à Bruxelles. D’autre part, le Bastognard avait-il « un filet (NDLR : de sécurité) au niveau wallon », comme se le demande son propre père, l’ancien ministre Guy Lutgen1 ? Nul n’en a la certitude, même s’il paraît difficilement imaginable que des contacts préalables n’aient pas eu lieu avec l’un ou l’autre ténor du MR. Toutefois, tant Ecolo que Défi ont été mis quasiment devant le fait accompli, ce qui ne les prédisposera guère à «  danser quand Lutgen siffle ». Franchissons un pas de plus : le président du CDH a-t-il bien mesuré, au préalable, toutes les implications possibles de sa décision ? On pense, entre autres, à un rejet éventuel de son parti dans l’opposition à Bruxelles et en Fédération Wallonie-Bruxelles, à une perte de crédit des humanistes bruxellois s’ils devaient se maintenir au gouvernement de leur région aux cotés des socialistes, voire à une déstabilisation des institutions francophones ? Le coup de Jarnac n’était-il pas un coup de poker ? Les historiens du futur nous l’apprendront.

Des majorités différentes à la tête des entités fédérées sont-elles envisageables et seraient-elles sans nuages ?

L’asymétrie des majorités à différents niveaux de pouvoir est une possibilité inhérente à tout système fédéral. Elle ne constituerait nullement un précédent. Faut-il rappeler, pour citer un exemple très récent, que depuis 2014, Défi participe au pouvoir en région de Bruxelles-Capitale, mais siège dans l’opposition en Fédération Wallonie-Bruxelles ? Par contre, une très forte asymétrie, avec des majorités fort différentes, menant des politiques divergentes, pourrait s’avérer bien plus problématique, en termes d’efficacité, de cohésion intra-francophone et de lisibilité du paysage politique.

L’efficacité des processus de décisions pourrait-elle être assurée par des partis tirés à hue et à dia, participant ici au pouvoir, mais exclu là de la conduite des affaires ? Le risque n’est pas mince de voir ces formations politiques perdre beaucoup de temps et d’énergie à se chamailler, plutôt qu’à s’entendre sur l’avancement de dossiers majeurs. Une saine conception du fédéralisme repose sur la coopération entre les niveaux de pouvoir, afin que soient mises en œuvre des politiques transversales, comme celle incluant le Pacte d’excellence, la formation professionnelle et l’emploi. De telles synergies pourront-elles s’établir dans un paysage francophone balkanisé ?

La cohésion entre forces politiques francophones sera d’autant plus nécessaire en 2019, que la N-VA mettra tout en œuvre pour arracher une septième réforme de l’Etat, potentiellement dangereuse pour les Wallons et pour les Bruxellois. Comment faire bloc en temps voulu, si l’on a passé des mois à s’affronter entre régions et Fédération Wallonie-Bruxelles ?

La lisibilité du système politique est déjà problématique, pour nombre de nos concitoyens. Qu’en adviendra-t-il si les partis se livrent demain, à une sorte de jeu de rôles, que ce soient celui du valet noir ou du « je te tiens, tu me tiens par la barbichette » ? La confusion ne fera-t-elle pas les affaires des populistes de tout poil, dont le message simpliste deviendrait alors le principal atout ?

Lire la suite dans notre numéro 550

Paul Wynants


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