Portrait d’un photographe de rue : Baudoin Lotin

Portrait d’un photographe de rue : Baudoin Lotin

 

Baudoin Lotin en a vu des pays ! C’est la bougeotte ! Deux choses le mènent : la photographie et le monde. Je le rencontre “Chez François”, à quatre pas des Bateliers où ses photos ont été exposées. Il sirote un lait russe. Il évoque d’emblée l’Ecole 75 où il a fait ses études. Il souligne la personnalité d’Yves Auquier, artiste photographe belge de renom : « C’est lui qui m’a ouvert au monde de l’image et au monde tout court. J’ai ouvert les yeux sur le monde et sur la photo. »

Où l’on trouve que l’étranger est un alter ego

Pour Baudoin Lotin, la rencontre avec l’humain est au cœur de l’image. Qu’il soit au Rajasthan ou au Mexique, il va vers les gens, non pas comme quelqu’un qui voudrait leur “voler leur âme”, mais comme un homme qui va vers les autres, curieux de constater que l’étranger est, en dernière instance, un alter ego. Alors la photo peut survenir ou pas. Elle atteste la qualité de la rencontre : « Je suis versé dans l’humain. Je suis intéressé par la vie qu’on mène, par les gens que l’on côtoie. Je suis photographe de rue, je marche, je prends les transports en commun. C’est l’humain qui est en questions quand je me balade avec mon 50 millimètres. On a une façon de sentir, de mettre les choses en images. Il faut savoir où se mettre. Trouver la bonne distance. C’est difficile à expliquer, mais ça se passe toujours bien. J’ai plus peur des chiens que des gens. On n’est pas étranger l’un à l’autre, on est plutôt des gens qui se donnent. »

Les photos de Lotin sont en noir et blanc. « Je trouve que le noir et blanc a quelque chose d’intemporel, dit-il. Il me laisse plus libre. Il opère une transformation de l’image. » On n’y trouve ni textes ni légendes : « Je laisse les visiteurs rentrer dans les images. Je ne veux pas les influencer par ce que je pourrais leur dire. »

La rude réalité

Né dans un village proche de Crupet, Lotin a toujours senti autour de lui s’exercer la solidarité sociale. Il trouve que l’homme est bon, en général. Ses nombreux voyages lui ont fait sentir ce qui fait le fond humain, le dénominateur anthropologique commun. En effet, que nous montrent ses photos ? Des gens aux prises avec la rude réalité. On voit des femmes qui moulent des briques ; les baraquements où elles logent ; l’élégance des ouvrières en sari ; des enfants qui retournent les briques au soleil ; un vieillard accroupi coupe à la hache des brindilles épineuses… Ce sont des besognes liées à la nécessité. Travailler, se nourrir, s’habiller, se chauffer… mais il y a souvent quelque chose de pétillant, d’inattendu dans les images, et pas la moindre nostalgie. Ces choses que l’on pourrait dire banales sont les choses essentielles de la vie.

De tous les pays parcourus, notre photographe a un penchant particulier pour le Mexique. Deux éléments l’ont poussé vers ce pays : la bédé de Blueberry, «  Je voulais voir les décors des westerns dans le nord du Mexique », et la lecture d’Antonin Artaud sur les Tarahumaras. « Ce sont des trucs de gosse, dit-il, quand tu arrives c’est affolant. Puis tu te rends compte que c’est une façade. Mais la fête… j’aime ça : les gens ont le sens de la fête ! » B. Lotin a publié un livre de photos aux Presses Universitaires de Namur : “El silencio de las palabras, Petites histoires mexicaines”.

Voir les choses autrement

Pendant plus de 35 ans, Lotin a travaillé pour l’Université de Namur. Voyages en Afrique, films scientifiques, documentaires. Aujourd’hui, il se consacre exclusivement à sa passion. « Il y a toujours moyen de voir les choses autrement », dit-il.

Tout bourlingueur qu’il soit, Lotin porte aussi le regard sur son propre pays où il s’est intéressé, notamment, au monde de la boxe. Sa prochaine exposition aura lieu à Marchin avec des photos de Chine. Puis, en décembre, ce sera Lyon, à la Galerie d’Art contemporain. Bon vent au voyageur ! Dans le monde et dans l’image.

Paul Dulieu

Photo Françoise Hensmans


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