ENTRETIEN EXCLUSIF ! par Pierre Dulieu


Votre succès, vous le devez au ralliement d’Annick Sartenaer, troisième du premier tour avec 21,86 % ?

Je suis ravi de considérer mon succès comme collectif, à l’image du projet et de la gouvernance que je projette.  Je souligne que nous travaillons ensemble, Annick et moi, depuis près de vingt ans dans les structures de l’université, en parfaite intelligence... Et, en effet, je compte sur elle comme sur Carine Michiels comme vice-recteurs dans le prochain conseil rectoral.

Ce n’est pas banal que le premier recteur élu soit d’origine syrienne...

C’est ce que la presse a immédiatement souligné. On peut y voir, en effet, un signe d’ouverture de Namur et des Namurois. Mais je suis devenu Belge et bien Belge depuis plus de 30 ans. Et surtout Namurois !

Parlez-moi de votre famille.

Elle est originaire de Damas. Nous faisions partie de ce milieu de syriaques catholiques traditionnellement ancré en Syrie depuis des siècles et qui ont joué un rôle important dans le monde culturel depuis les premiers califes (VIIe siècle) jusqu’au mandat français entre les deux guerres. Mon père, formé par les pères lazaristes, était, comme beaucoup de sa génération, de culture française. Il a travaillé pour le compte des ACEC de Charleroi qui ont participé à la construction du tramway de  Damas. Mon grand-père paternel était antiquaire et mon grand-père maternel pharmacien. Mes oncles et tantes ont des prénoms français : Georges, Edmond, Edouard... et Marie-Thérèse, Sylvie. C’était une époque.

Une époque révolue...

Après la guerre, les jeunes ont été entraînés dans le sillon des grands mouvements nationalistes, dont l’égyptien Nasser était le porte-drapeau. Ils faisaient le pari de l’arabité et de la laïcité. Le parti Baas, dominé en 1970 par le général Hafez el-Assad, se présentait comme socialiste et laïc. Mais depuis lors, l’économie va mal, la situation devient désespérante. Une grande partie de la jeunesse émigre. Quand je fais le compte de ceux que j’ai connu à l’université et dans le mouvement scout, je constate que 90% sont maintenant établis à l’étranger. J’ai moi-même un frère au Canada et une sœur au Liban.

Vous choisissez la Belgique...

Nous sommes en 1980. J’ai 23 ans, un diplôme d’ingénieur en poche. On me dit : « Va plutôt en Belgique qu’en France. Les universités y valent les grandes écoles et il n’y a pas d’examen d’entrée. » J’introduis un dossier et je suis reçu à l’UCL. Le ministère m’octroie une bourse, sous la signature d’un Namurois : Louis Maniquet, à l’époque directeur général de l’enseignement. Après trois ans, je reçois le diplôme d’ingénieur informaticien.

Puis vient Namur

Le Professeur d’informatique Axel Van Lamsweerde cherche un assistant. Je postule et suis reçu. Je ferai avec lui une thèse de doctorat, terminée en 1990.

Comment vous êtes-vous intégré à la société belge ?

Ce n’est pas difficile. Les Belges ne sont pas prétentieux, ils se montrent ouverts. De mon côté, je suis un homme engagé. J’ai toujours fait partie de mouvements de jeunesse. À Louvain-la-Neuve, j’étais dans un kot à projets. C’est là que j’ai connu celle qui allait devenir ma femme, Pascaline Van Oost, de Mouscron, une nièce de l’architecte qui a collaboré avec Roger Bastin à la construction de la Bibliothèque Moretus-Plantin.  Elle travaille actuellement comme infirmière à La Douceur des Coteaux mosans.

On vous dit aussi très intégré au milieu namurois

Toujours dans la même veine. J’ai beaucoup fréquenté la paroisse Saint-Jean, dont le curé était Paul Malherbe. J’ai fait partie de ses œuvres, notamment trésorier de l’asbl “Une autre maison”. Mes enfants ont fait du scoutisme.

Comment s’appellent-ils ?

J’en ai quatre : Timothée, Augustin, Basile et Eva. Vous voyez : ce sont des noms de saints orientaux ; Eva est le prénom de ma mère. C’est une chose qui les rattache symboliquement à mon pays d’origine, car ils ne parlent pas l’arabe.

Vous ne vous sentez pas arabe ?

L’arabité est un mot à signification multiple. François Bodart et d’autres collègues me taquinaient  amicalement , en me traitant de “levantin”, soulignant sans doute la diplomatie mais aussi le “ni oui, ni non”. À quoi je lui répondais : «  Je ne serais pas plutôt jésuite ? »

Ce n’est pourtant pas l’aspect que vous avez donné dans votre programme et votre discours de candidature, qui est clair. Je vous ai même qualifié de “réformateur radical”.

L’image de diplomate me vient probablement de la présidence de l’AG que j’ai exercée entre 2005 et 2011, où il fallait absolument permettre un débat ouvert et respecter les opinions opposées.  Depuis, dans des postes exécutifs, je peux hésiter, pour écouter les uns et les autres avant de prendre option. Mais je ne serai certainement pas le recteur de l’indécision. Des réformes profondes doivent être engagées et je les mènerai à bien. C’est ce que souhaitent les électeurs.

Et vis-à-vis des autres institutions ?

Je serai le garant du niveau universitaire de notre enseignement et de notre recherche. Il sera nécessaire de trouver un ou plusieurs partenaires, car nous ne pouvons rester isolés, les pouvoirs politiques nous le disent. Mais je n’ai pas d’option arrêtée : j’aurai des contacts amicaux et positifs avec tous ceux qui respectent nos valeurs et veulent
contribuer avec nous à renforcer notre identité et notre projet dans une approche gagnant-gagnant.

Pierre Dulieu


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