Tribune par Luc Marechal

" Rendre vie aux édifices religieux qui dressent leur clocher au coeur de nos villes et villages, ouvrir leurs portes à tous, en hommage à leur vocation historique et au service de la collectivité : telle est l’ambition du réseau Églises Ouvertes. Si les édifices de culte (toutes confessions confondues) sont porteurs de sens pour les fidèles, ils touchent aussi un public bien plus large de jeunes curieux, de touristes, de créateurs, de passionnés d’histoire(s) et d’amateurs d’émotions partagées. Notre dynamique se fonde sur l’accueil, la valorisation du patrimoine sacré et la réappropriation de ces espaces de spiritualité, propices au recueillement et aux rencontres."

Ainsi s’ouvre le programme de l’opération Églises Ouvertes qui a démarré le premier week-end de juin.
L’ouverture des églises rencontre
le souhait de bon nombre de personnes, qui ont souvent trouvé portes closes. Situation halte dans un parcours urbain ou rural.

C’est une retombée chiffrée peu calculée, mal maîtrisée par les études économiques.
Mener une démarche
prospective est un impératif : que seront les églises en 2050 ?
Quelques pistes : dans le passé, il y eut des périodes de grande expansion religieuse, entrainant la construction de nombreuses églises et chapelles.
Ce fut le cas au
19e siècle avec la création de nombreux nouveaux ordres, aujourd’hui confrontés à une baisse des effectifs.
Il y eut aussi
des guerres de religion et la Révolution française qui en mutilèrent et détruisirent beaucoup. D’où la question, devant une évolution quelque peu cyclique : qu’en sera-t-il en 2050 des systèmes de convictions, de croyances, de valeurs ?
Le sort
des églises est lié à ces systèmes.
Nos villes et campagnes sont un héritage à conserver, mais aussi à embellir. À ce titre, les églises ont un double rôle.
D’abord le clocher marque à l’horizon un habitat, signal pour le randonneur ou pour celui épris de nature. En ville, il fait partie de la scénographie urbaine. Elles sont aussi un des éléments qui structure l’espace public.
Dans un monde globalisé,
nos régions et plus largement l’Europe ont à garder leurs caractéristiques, auxquelles participent les églises.
Il y a ensuite et surtout l’atmosphère, l’ambiance qu’exprime qui accentue le sentiment diffus de l’inutilité des églises.
Le défi de la conservation: parcourir la presse généraliste ou spécialisée permet de relever que la réaffectation des lieux de culte (et historiquement ce ne peut être en nos régions que ceux dédiés majoritairement au culte catholique) est l’objet de nombreux articles.
Deux motivati
ons sont fréquentes : la baisse de la fréquentation par les pratiquants et le coût d’entretien ou de restauration, que les bâtiments soient classés ou non. Les gestionnaires des finances publiques y voient l’occasion de se délivrer d’un fardeau, quand ce n’est pas le surgissement des vieux piliers ; on les croyait morts, ils se réveillent – malheureusement – (pour illustrer avec l’actualité : laïcité versus religion, cfr les débats sur les cours de citoyenneté, de morale, de religions ou encore la fusion St-Louis - UCL et les prises de position qu’elle suscite).
Deux réflexions.
L’une mène à
un paradoxe. Parmi les récentes enquêtes sur le sujet (celles de La Croix et du Pèlerin, de janvier 2017) : 53,8% des Français se déclarent catholiques et 1% pratiquent chaque semaine. Or la fréquentation est un des baromètres pour estimer l’utilité des églises et de ce qui sera décidé
de leur sort.
L’autre est celle du véritable coût/bénéfice, qui mettrait en balance les prestations de nombreux bénévoles (notamment pour la dimension touristique) avec l’attrait des églises, non seulement pour les touristes mais pour l’habitant qui fait une l’intérieur. Quand on entre dans une église, on sait où l’on est, même si pour certains tout ne peut être décrypté. (Avant, mais ce temps disparaît, quand on était dans une gare, on le savait aussi : guichet, banc, toute une ambiance...)
Quelles que soient les convictions, l’église suscite un sentiment d’intériorité. Et c’est là qu’interviennent les valeurs : le retrait (c’est-à-dire échapper aux bruits physiques et mentaux (cfr la publicité, par exemple) dont la société actuelle martèle les gens), la lutte contre la banalisation de nos cadres de vie, fruit de la globalisation.
Si les
églises n’absorbent pas toute la spiritualité (l’homme dans sa réflexion, la recherche de sens), elles sont autant de lieux privilégiés à cet égard. Engager une telle réflexion, c’est abandonner le court-termisme. Responsabilité non seulement des chrétiens et de la hiérarchie de l’Église, mais aussi des pouvoirs publics. L’architecte Jean Barthélemy, expert à l’Unesco, décédé il y a quelques mois, dans une intervention intitulée “ Art et spiritualité ” citait un passage d’une recommandation du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe (15 décembre 1980) : « (…) un effort considérable devrait être entrepris, afin de promouvoir, dès l’enfance, le sens de l’observation, la perception de l’espace, l’esprit critique, la créativité, la conscience de la solidarité  communautaire, la fierté des valeurs du passé et le respect de l’environnement ».
Beau programme.

Luc Marechal


Avis des internautes

Soyez le premier à réagir à cet article !

Réagir à l'article : « Tribune par Luc Marechal » ? Votre avis nous intéresse. Envoyez votre commentaire grâce au formulaire ci-dessous. Notre webmaster modère en permanence ce site Internet. En un clic, vous pouvez partager ce sujet avec vos amis Facebook ou vos followers sur Twitter. Merci pour votre participation. Tout commentaire est modéré avant publication.

Votre pseudonyme
Votre adresse email
Votre commentaire

Agenda

Du 21 octobre 2017 à 00h00 au 25 février 2018 à 00h00

 
Du 10 novembre 2017 à 00h00 au 19 novembre 2017 à 00h00
 
Du 11 novembre 2017 à 00h00 au 19 novembre 2017 à 00h00